Des satellites et l’IA traquent les grandes fuites de méthane
Le système MARS du PNUE transforme des observations satellitaires en alertes adressées aux États et aux entreprises pour faire réparer les grandes fuites de méthane.
Une fuite de méthane peut rester invisible depuis le sol tout en rejetant, heure après heure, de grandes quantités de gaz dans l'atmosphère. Les satellites changent cette situation.
En croisant leurs observations avec des outils d'intelligence artificielle, le Programme des Nations unies pour l'environnement repère certains rejets majeurs et alerte les acteurs capables d'intervenir.
Le 15 juillet 2026, le PNUE a publié un bilan de son système MARS, pour Methane Alert and Response System.
Pleinement opérationnel depuis 2024, il aurait contribué à plus de 40 actions de réduction dans le monde, pour un bénéfice climatique comparable aux émissions annuelles de près de 24 millions de voitures à essence.
Voir ce que les inventaires ne montrent pas
Le méthane est le principal composant du gaz naturel. Il provient aussi des mines de charbon, des décharges, de l'agriculture et de certaines zones humides.
Dans le pétrole et le gaz, une part des émissions vient de fuites, d'équipements défectueux ou de rejets ponctuels particulièrement importants.
Les déclarations classiques reposent sur des facteurs d'émission, des inspections locales ou des estimations annuelles. Utiles, mais aveugles à un incident bref ou à un équipement qui se dégrade entre deux contrôles.
Depuis l'espace, certains instruments balaient de vastes régions et repèrent les concentrations anormales ; d'autres, plus précis, tentent d'attribuer le panache à un site ou à une canalisation.
L'intelligence artificielle sert surtout à trier une masse d'images ingérable manuellement : détecter les panaches, écarter les faux signaux, hiérarchiser les événements à vérifier. Une alerte n'est pas une preuve de responsabilité.
Elle doit encore être confrontée aux conditions météorologiques, aux données de terrain et aux informations de l'opérateur.
Le maillon faible est humain
Les pays ayant désigné un interlocuteur officiel répondent nettement plus que les autres.
MARS combine plus de 35 instruments satellitaires, une expertise scientifique et des outils automatisés. L'AIE et l'Observatoire international des émissions de méthane proposent une procédure standardisée :
- Réception de l'alerte par un point de contact identifié.
- Localisation de la source sur le terrain.
- Vérification de l'incident avec l'opérateur.
- Réparation de l'équipement.
- Confirmation documentée que le rejet a cessé.
Une technologie de mesure ne réduit aucune émission par elle-même. Il faut des équipes disponibles, une obligation d'enquêter, des délais de réponse et une traçabilité des réparations.
Pourquoi cibler les très gros rejets
L'AIE estime que les combustibles fossiles représentent environ 40 % du méthane issu des activités humaines, et qu'une part importante de ces rejets pourrait être évitée avec des technologies déjà disponibles, parfois en récupérant un gaz ensuite revendable.
En 2025, les satellites ont détecté plus de 5 millions de tonnes de méthane provenant de très grands événements dans les activités pétrolières et gazières.
Nuages, neige, reliefs, installations offshore et hautes latitudes compliquent l'observation. Les plus petites fuites restent sous le seuil de détection. Une stratégie crédible combine satellites, avions, drones, capteurs au sol et inspections régulières.
Le PNUE étend désormais les alertes aux mines de charbon et aux installations de traitement des déchets. Leur utilité dépendra de réponses documentées et de réparations vérifiables.